La question de savoir si la femme peut prêcher dans l’église revient régulièrement dans les milieux chrétiens. Certains affirment que la Bible l’interdit clairement, en s’appuyant sur des textes de l’apôtre Paul. D’autres estiment que ces passages doivent être compris dans leur contexte historique et biblique. Alors, que dit réellement la Bible sur la prédication des femmes dans l’église ? J’aimerais vous inviter à une analyse biblique équilibrée, fondée sur l’ensemble des Écritures.
Les textes de Paul interdisent-ils la prédication des femmes ?
Paul écrit, dans certaines de ses lettres, que les femmes ne doivent pas prendre la parole dans l’assemblée. Nous lisons cela dans 1 Corinthiens 14.34 et 1 Timothée 2.12. Ces passages sont souvent cités comme preuve que Dieu interdirait aux femmes de prêcher dans l’église. Pris isolément, ces textes semblent interdire aux femmes de parler dans l’assemblée. Pourtant, le même Paul affirme : « Il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous, vous êtes un en Jésus-Christ. » (Galates 3.28). La question est donc de savoir : Paul parle-t-il d’une règle universelle ou de situations locales ?
Et si Paul avait écrit à des églises particulières confrontées à des difficultés spécifiques ? A Corinthe, par exemple, les réunions étaient marquées par le désordre : plusieurs personnes parlaient en même temps, interrompaient les orateurs et posaient des questions à haute voix. Dans ce contexte, les instructions de Paul viseraient avant tout l’ordre, la paix et l’édification de l’église, et non pas l’exclusion définitive des femmes du ministère de la Parole ! D’ailleurs, dans la même lettre aux Corinthiens, chapitre 11, verset 5, Paul reconnaît l’œuvre des femmes qui prient et prophétisent publiquement. En effet, Paul ne collabore-t-il pas activement avec des femmes engagées dans l’œuvre de Dieu, parmi lesquelles : Phoebé, appelée diakonos (servante ou ministre) de l’église (Romains 16.1) ; Priscille, qui enseigne Apollos avec son mari (Actes 18.26) ; Junia, mentionnée comme remarquable parmi les apôtres ou hautement estimée par eux (Romains 16.7) ? Au regard de ces exemples, je puis me permettre de dire que Paul reconnaissait clairement l’action et l’appel de Dieu dans la vie de femmes engagées dans l’enseignement et le ministère.
L’argument d’Ève et du péché est-il valable ?
Certaines personnes soutiennent que la femme ne doit pas prêcher parce qu’elle (Ève) a entraîné Adam dans le péché. Pourtant, ce n’est pas ce que dit le texte de Romains 5.12. Dans sa lettre aux Romains, l’apôtre Paul rappelle que le péché est entré dans le monde « par un seul homme, le péché ». Il ne mentionne pas la femme, car c’est à l’homme que Dieu avait donné l’ordre de ne point manger le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Lisons le texte de Genèse 2.16-17 dit : « L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme : « Tu pourras manger les fruits de tous les arbres du jardin, mais tu ne mangeras pas le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras, c’est certain. ». Adam était donc pleinement responsable.
Le salut ne vient pas par le sexe, mais par Christ. En Christ, la chute est réparée pour l’homme comme pour la femme. Le salut que donne Jésus-Christ restaure l’humanité tout entière, hommes et femmes. Si l’argument du péché d’Ève était suffisant pour interdire aux femmes de prêcher, alors aucun homme ne pourrait prêcher non plus, puisque tous sont pécheurs. En effet, tous les êtres humains ont péché et ont besoin de la grâce de Dieu.
Que dit le Seigneur Jésus-Christ au sujet des femmes ?
Le Seigneur a situé ce débat dans le contexte du judaïsme. Il a, de ce fait, profondément bousculé les codes sociaux et religieux de son époque. A cet effet, il a enseigné les femmes ; il a dialogué ouvertement avec elles ; il les a incluses dans son entourage immédiat ; il leur a confié la première annonce de sa résurrection. Dans ce contexte juif où la parole religieuse était réservée aux hommes, Jésus reconnaît aux femmes une dignité spirituelle pleine et entière.
Si telle était la volonté de Dieu d’exclure la femme de son œuvre, pourquoi le Seigneur Jésus n’a-t-il pas reproduit le schéma du judaïsme, basée sur le genre, mais sur l’appel et la foi ? Non ! Au contraire, il a osé introduire une notion révolutionnaire que Paul a reprise « il n’y a plus ni homme ni femme ». Jésus brise les barrières culturelles de son époque : l’appel de Dieu n’est pas limité par le genre ; il est adressé aussi bien aux hommes qu’aux femmes.
Il n’y a plus ni homme ni femme en Christ !
On pourrait d’ailleurs formuler le débat autrement. Au lieu de demander : « Est-il biblique de laisser la femme prêcher dans l’Église ? », on aurait très bien pu poser cette question : « Est-il biblique de laisser le Grec (le non-Juif) prêcher dans l’Église ? »
Pour un bon légaliste, respectueux de la tradition juive ancienne, cette question aurait été tout aussi légitime. En effet, pendant longtemps, une lecture rigide de la tradition considérait que les Juifs seuls étaient le peuple de Dieu, et que les nations (les Grecs, les païens) n’avaient ni la même valeur spirituelle, ni le même accès à Dieu. C’est précisément ce mur que l’apôtre Paul s’emploie à faire tomber dans sa lettre aux Galates.
L’apôtre Paul défend une logique qui consiste à briser les catégories du mérite. C’est ainsi qu’il met volontairement en opposition trois couples de catégories Galates 3.28 : le Juif et le Grec ; l’esclave et l’homme libre ; l’homme et la femme. Ces oppositions ne sont pas choisies au hasard. Elles reflètent parfaitement la manière dont la tradition religieuse et sociale de l’époque classait les êtres humains selon leur “mérite” spirituel. Dans cette logique, le Juif était considéré comme digne devant Dieu, contrairement au Grec ; l’homme libre était valorisé, contrairement à l’esclave ; l’homme était perçu comme pleinement apte à représenter Dieu, contrairement à la femme. Autrement dit, certaines catégories de personnes étaient jugées naturellement légitimes, tandis que d’autres étaient vues comme secondaires, dépendantes ou inaptes.
Lorsque Paul affirme qu’il n’y a plus ni homme ni femme en Christ, il ne nie pas les différences biologiques ou sociales. Par contre, il assure une vérité fondamentale solidement établie en la foi en Christ, à savoir : l’accès à Dieu est le même pour les hommes et les femmes ; l’appel de Dieu est également adressée aux hommes et aux femmes ; les dons de l’Esprit sont accordés selon la volonté de Dieu aussi bien aux hommes qu’aux femmes…
« Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous, vous êtes un en Jésus-Christ. »
(Galates 3.28)
L’apôtre Paul ne défend pas une catégorie contre une autre ; il ne cherche pas à dire que les Grecs deviennent des Juifs, que les esclaves deviennent libres ou que les femmes deviennent des hommes. Plutôt, il fait quelque chose de bien plus radical comme Jésus-Christ l’avait fait à son temps : il renverse tout le système ; il supprime le principe même du mérite religieux fondé sur l’origine, le statut ou le genre.
Désormais, l’accès à Dieu ne repose plus sur l’appartenance ethnique (Juif ou Grec), la valeur spirituelle ne dépend plus du statut social (libre ou esclave), l’appel de Dieu n’est plus limité par le sexe (homme ou femme). Si l’on accepte que Paul a ouvert la porte du ministère et de la prédication aux non-Juifs — ce qui fut pourtant un immense scandale pour les légalistes — alors, il devient difficile, voire incohérent, de refermer cette même porte lorsqu’il s’agit des femmes.
Refuser à la femme le droit de prêcher au nom de la tradition revient, en réalité, à adopter la même logique légaliste que celle qui aurait autrefois interdit aux Grecs (ou les nations, c’est-à-dire nous qui ne sommes pas des Juifs) de prendre la parole dans l’église. Dans le texte de Galates 3.28, l’apôtre Paul annonce un Évangile où l’appel de Dieu est souverain, les dons de l’Esprit sont distribués librement, la grâce ne se mérite pas.
Par conséquent, la question n’est pas tant de savoir si certaines catégories de personnes sont « autorisées » à prêcher, mais si l’église accepte réellement les conséquences radicales de l’Évangile de la grâce.
Affirmer, aujourd’hui, que Dieu interdit aux femmes de prêcher exige de renier la grâce au nom de Jésus-Christ. Car, à tous ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, (hommes ou femmes), il a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu, né de l’Esprit (Jean 1.12). Le vrai débat n’est peut-être pas de savoir si la femme peut prêcher, mais plutôt de reconnaitre la liberté souveraine de Dieu dans l’appel de ses serviteurs et servantes.